Concevoir une information et une signalétique visible et lisible par tous

Guide pratique pour les documents, la signalétique et l’orientation accessible

Pourquoi la lisibilité est-elle essentielle ?

L’information n’est réellement accessible que lorsqu’elle peut être perçue, comprise et utilisée par tous.

Une signalétique ou un document mal conçu peut devenir un obstacle pour de nombreuses personnes : personnes âgées, malvoyantes, personnes en situation de handicap cognitif, visiteurs occasionnels, personnes ne maîtrisant pas parfaitement la langue française ou encore usagers en situation de stress.

La qualité d’une information repose sur trois principes fondamentaux :

  • sa visibilité ;
  • sa lisibilité ;
  • sa compréhension.

Une information accessible doit permettre à chacun de s’orienter, comprendre un message et prendre une décision sans devoir solliciter une aide extérieure.

Les trois situations de lecture

Toutes les informations ne sont pas consultées dans les mêmes conditions. Avant de concevoir un support, il convient d’identifier la situation de lecture.

  1. La lecture rapprochée ou « zone haptique »

La zone haptique correspond à toutes les informations que l’on consulte à portée de main ou à très courte distance.

Exemples :

  • brochures ;
  • formulaires ;
  • affiches de proximité ;
  • menus ;
  • notices ;
  • panneaux d’information détaillés ;
  • plans de site.

La distance de lecture se situe généralement entre 30 et 70 cm.

Dans cette configuration, l’utilisateur peut prendre le temps de lire. La priorité doit être donnée au confort visuel et à la compréhension du contenu.

Les caractères doivent être suffisamment grands, les contrastes élevés et la mise en page aérée.

Pour les publics vieillissants ou malvoyants, une taille de caractère renforcée améliore considérablement le confort de lecture. Les études ergonomiques basées sur la norme ISO 9241 montrent que la taille des caractères doit augmenter proportionnellement à la distance de lecture afin de maintenir un angle visuel suffisant pour une lecture confortable.

  1. La lecture à distance

Cette catégorie concerne les informations visibles sans nécessité de s’approcher.

Exemples :

  • plaques de porte ;
  • panneaux directionnels ;
  • identification des locaux ;
  • signalétique intérieure ;
  • numéros de salles ;
  • repérage des services.

L’objectif principal est l’identification rapide.

L’usager doit pouvoir localiser l’information avant même de commencer à la lire.

La taille des caractères devient alors un facteur déterminant. Plus la distance augmente, plus les caractères doivent être grands et contrastés.

Dans les espaces publics et les ERP, il est recommandé d’adapter systématiquement la hauteur des caractères à la distance de lecture prévue.

  1. La lecture en mouvement ou « lecture cinétique »

La lecture cinétique correspond à toutes les situations où l’usager se déplace pendant qu’il consulte l’information.

Exemples :

  • cheminement dans un bâtiment ;
  • déplacement dans une gare ;
  • circulation piétonne ;
  • circulation à vélo ;
  • conduite automobile ;
  • espaces commerciaux ;
  • aéroports.

Dans cette situation, le temps de lecture est fortement réduit.

Le cerveau doit simultanément :

  • se déplacer ;
  • analyser son environnement ;
  • détecter le panneau ;
  • lire le message ;
  • prendre une décision.

Plus la vitesse de déplacement est importante, plus le message doit être simple.

La signalétique doit alors privilégier :

  • des mots courts ;
  • des pictogrammes universels ;
  • une hiérarchisation stricte des informations ;
  • un nombre limité de messages par panneau.

Les systèmes de signalisation routière et les panneaux à message variable reposent sur ce principe : la lisibilité dépend autant de la taille des caractères que du temps disponible pour les lire.

Les principes fondamentaux d’une typographie accessible

Choisir une police simple

Les polices les plus lisibles sont généralement les polices sans empattement.

Exemples :

  • Arial ;
  • Frutiger ;
  • Helvetica ;
  • Verdana ;
  • Calibri ;
  • Tahoma.

Ces caractères présentent des formes simples, facilement identifiables et peu sensibles aux défauts de vision.

À éviter :

  • les polices décoratives ;
  • les écritures manuscrites ;
  • les caractères condensés ;
  • les effets graphiques excessifs.

La lisibilité doit toujours primer sur l’esthétique.

Utiliser des contrastes élevés

(voir notre outil de calcul des contraste : demandez-nous le code)

Le contraste constitue l’un des critères les plus importants de l’accessibilité.

Un texte peut être parfaitement dimensionné mais rester illisible si le contraste est insuffisant.

Les meilleures combinaisons demeurent :

  • noir sur blanc ;
  • blanc sur noir ;
  • bleu foncé sur blanc.

Les contrastes faibles doivent être évités :

  • gris clair sur blanc ;
  • jaune sur blanc ;
  • couleurs proches en luminosité.

Dans les ERP, les recommandations d’accessibilité préconisent un contraste minimum de 70 % entre le texte et son support ainsi qu’entre le support et son environnement immédiat.

Éviter les effets qui nuisent à la lecture

Certaines pratiques réduisent fortement les performances de lecture :

  • texte sur photographie ;
  • fonds texturés ;
  • dégradés ;
  • surfaces brillantes ;
  • reflets ;
  • contre-jours ;
  • textes entièrement en majuscules ;
  • italiques prolongés.

La simplicité améliore toujours la compréhension.

Concevoir une signalétique réellement efficace

Guider avant d’informer

Une bonne signalétique ne se contente pas d’indiquer une destination.

Elle accompagne l’usager tout au long de son parcours.

Le principe fondamental est l’anticipation.

L’information doit apparaître avant le point de décision.

L’utilisateur doit savoir où aller avant d’arriver à une intersection, un couloir ou un changement de direction.

Assurer une continuité visuelle

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à placer un panneau isolé.

Chaque panneau doit conduire naturellement au suivant.

L’usager doit conserver une certitude permanente quant à sa direction.

Une rupture dans la chaîne d’information provoque immédiatement de l’incertitude et augmente le risque de désorientation.

Utiliser les pictogrammes

Les pictogrammes améliorent considérablement la compréhension.

Ils sont particulièrement utiles pour :

  • les personnes en situation de handicap cognitif ;
  • les personnes étrangères ;
  • les enfants ;
  • les personnes ayant des difficultés de lecture.

Lorsqu’un pictogramme normalisé existe, il doit être privilégié.

Le texte vient compléter le pictogramme et non l’inverse.

Respecter la cohérence du parcours

Sur un même site, les usagers doivent retrouver :

  • les mêmes couleurs ;
  • les mêmes pictogrammes ;
  • les mêmes formulations ;
  • les mêmes règles de positionnement.

Cette cohérence réduit considérablement la charge cognitive nécessaire à l’orientation.

Penser à tous les handicaps

Une signalétique accessible ne s’adresse pas uniquement aux personnes malvoyantes.

Elle doit également prendre en compte :

Les déficiences visuelles

(Voir notre outils de simulation des déficiences visuelles)

  • contrastes renforcés ;
  • caractères agrandis ;
  • suppression des reflets ;
  • guidage visuel continu ;
  • informations tactiles lorsque nécessaire.

Les déficiences auditives

  • doublage visuel des informations sonores ;
  • affichages dynamiques ;
  • plans et repères visuels.

Les handicaps cognitifs et psychiques

  • vocabulaire simple ;
  • pictogrammes explicites ;
  • limitation du nombre d’informations ;
  • repères visuels constants.

Les personnes à mobilité réduite

  • visibilité depuis une position assise ;
  • implantation accessible ;
  • repérage clair des ascenseurs, sanitaires et accueils.

L’objectif final : l’autonomie

Une signalétique accessible ne vise pas uniquement la conformité réglementaire.

Son objectif est de permettre à chacun :

  • de comprendre rapidement son environnement ;
  • de trouver son chemin ;
  • d’accéder aux services recherchés ;
  • de se sentir en confiance.

Une personne ne devrait jamais avoir à demander son chemin lorsque la chaîne d’information a été correctement conçue.

C’est cette autonomie qui constitue aujourd’hui le véritable indicateur de qualité d’un dispositif d’information accessible.